Ioannikios.

11 novembre 2007 02:04
 
 

C'était au début du mois de septembre. La chaleur était encore étouffante, l'été était passé trop vite, et je me retrouvais à faire des valises et à faire le décompte des dernières fois qui allaient arriver. C'était sûrement un dimanche, et j'étais dans le petit appartement exigu de Kypseli encore une fois. Quand je suis arrivée, il était déjà allé faire sa sieste. Je suis donc entrée dans cette petite pièce poussiéreuse, dans laquelle il y avait à peine de la place pour un grand lit et une commode en bois pleine de petits cadres et des boites à bijoux. J'ai fait craquer le plancher en entrant, et il a ouvert les yeux.  Il portait comme toujours son pyjama à carreaux bleus, et le gilet en laine par-dessus. Je me suis approchée, et je lui ai pris la main. Cette vieille main pleine de sillons. Oui c'est plus joli comme mot que de parler de rides. Il me regardait, et il souriait. Moi j'étais triste, ma gorge était serrée, je voulais parler mais je ne savais pas quoi dire, et je répétais bêtement les mêmes phrases. Que j'allais y aller, mais que je reviendrais à Noël, qu'on se reverrait. Et puis stupidement, j'ai commencé à pleurer. Je n'arrivais plus à m'arrêter, mes lèvres tremblaient, ma gorge me faisait mal, je serrais sa main, mais  je continuais à essayer de sourire quand même. Et lui sourait toujours aussi. Je n'arrivais pas à comprendre si il voyait que je pleurais et qu'il essayait de me rassurer en faisant comme si de rien n'était, ou si il ne comprenait pas ce qui se passait. Ca lui arrivait ces derniers temps de perdre ses repères, il demandait l'heure qu'on était, la date. Il était tout maigre dans son pyjama de coton, ses pieds dans ces grandes pantoufles beiges. Je l'ai pris dans mes bras, puis je suis sortie pour le laisser se rendormir. Je reniflais comme une idiote. Plus tard j'ai fait mes valises, et avec mon père on a pris la voiture pour des journées de route, voir les rues d'Athènes s'effacer, très vite, les laisser derrière, regarder défiler des kilomètres et des kilomètres d'autoroutes.

Deux semaines après, la veille de mes dix-huit ans, il est mort. J'avais fait le décompte des dernières fois, mais je n'avais pas mis celle-là.

Humeur: Improbable

Il fait trop chaud pour dormir

19 août 2008 00:27
 
 

Il fait trop chaud pour parler, pour penser, pour bouger, pour faire quoi que ce soit a part essayer de ne pas y penser. Mais c'est evidemment inevitable. Se laisser fondre dans une chaleur opaque noyee dans la fumee, ecouter les chats se disputer et les voisins passer une musique passablement hors propos, passer mille fois ses mains dans sa nuque humide, cogiter ce bordel. Mon oeil s'impatiente dans tous les sens, seulement le droit pour faire illusion, mais je ne trompe personne. This is a bad pun. A worthless joke. Mes messages vont dans le vide. Quand je te dis que ca va mal finir. Pourtant pourquoi moi j'ai l'impression de voir une ligne droite et claire se dissimuler derriere tous ces fouillis pileux ? Je crois qu'il n'y a bien que moi qui la vois. N'est-ce pas l'essentiel. Ou le plus inquietant.

Humeur: Improbable

 
 

Impératrice en robe dans les pieds de nez, sa tête ne la porte plus, sa gorge hume l'air du soir, les passants qui s'échappent, concertés pour donner à la pleine nuit des allures de soir d'été. Ses murs rauques craquent. Cette fille-là a tout oublié, effacé, purgé, chiffonné, elle n'a rien vu. Elle sourirait presque. A la place, je crois qu'elle va juste faire la vaisselle.

Humeur: Improbable